Incontinence Verbale

07 août 2017

Je marche

Rien du tout. Le macadam sous les pieds, les néons dans le ciel. Je marche.

Rien. Le néan de l'infini, le bordel d'un monde en ruine.

Je marche. La route est droite, elle se perd si loin devant. Craquelée. Je crois que la ferraille hurle, que le goudron gronde. Je crois que le vent m'aveugle et me rend sourde. Pourtant, j'entends le silence, il est partout, il crie si fort. Pourtant je vois le vide au milieu de ces tas de briques, il est si proche, il m'engloutit.

Je marche. Un peu plus loin ça clignote et ça bipe. Quelqu'un doit être mort.

Je marche. Vers un truc qui restera peut être. Un petit tout. Vers de la vraie vie quelque part.

Je marche. Il fait si chaud. La glue noire fond et se meut, je sombre. Je pense que je meurs un peu.

 

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25 juillet 2017

je suis

Regarde moi, je suis l'athée pieux, le sourir triste, la joie de vivre.

Regarde moi, je suis le torturé, je suis le sacrifié, je suis le crucifié.

Regarde moi, je suis si plein de tant de choses, à hurler à la brise, à cracher à la vie, à murmurer à la mort.

Regarde moi, je suis si vide.

Regarde moi, je suis Homme.

     

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12 juin 2016

Orlando

Chaque jour des gens meurent, chaque jour des choses horribles se passent. Chaque jour la haine détruit un peu plus notre monde. Mais aujourd'hui je pleure. Comme j'avais pleuré pour Charlie. Comme j'avais pleurer le 13. En ai-je le droit ? Ces personnes le méritent-elles plus que celles mortes hier, avant hier, que celles dont on a même pas entendu parler car leur pays n'était pas assez important pour ça ?

Je ne sais pas. Et je m'en fou. Je pleure et je soutiens les familles et j'étouffe. Peut être que ça ne sert à rien. Mais je m'en fou.

C'était nos libertés, nos cafés, nos concerts, ceux de mon pays, de ma villes. Aujourd'hui ce sont leurs clubs. Aujourd'hui c'est aussi une petite part de moi.

À tous ceux qui croient que les marches des fiertés n'ont plus lieu d'être, à tous ceux qui pensent que nous nous plaignons pour rien, à tous ceux qui ignorent les LGBTphobies. Vous vous trompez. Et j'espère qu'aujourd'hui servira au moins à vous le montrer.

 

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19 mars 2016

Se trouver

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Se perdre.

Dans les limbes de soi-même.

Dans les débris de son esprit.

Dans la prison qu’est notre tête.

 

Se perdre.

Dans nos boyaux puants.

Dans notre chair putride.

Dans la prison qu’est notre corps.

 

Se perdre.

Ne plus savoir quand, où et surtout pourquoi.

Tout confondre, entendre la voix sourde de la société.

Ne plus rien savoir du tout.

 

Se perdre.

Ne plus avoir de certitudes.

Ne plus avoir de repères.

Ne plus rien avoir du tout.

 

Se perdre.

Douter.

Se chercher.

Se haïr.

 

Haïr ce que les sentiments nous poussent à être.

Ce que notre cœur rugit.

Ce que notre cervelle imagine.

Ce qui est si évident.

 

Ne pas avoir le choix.

Subir.

Etre spectateur.

De sa vie. De ce que l’on est.

 

Puis s’apprendre.

Puis se connaitre.

Puis s’accepter.

Puis être soi.

 

Se trouver.

 

 

 

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01 janvier 2016

Réveillon

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Ça pulse. 

Que c’est bon ; cette atmosphère vibrante, ce ressenti des autres, cette sensation de vie.
Que c’est bon ; cette musique qui crie, ces pieds qui tapent, ce sang qui bout.
Que c’est bon ; ces bras qui s’étreignent, ces voix qui s’élèvent, ces gens qui rient.
Oui, que c’est bon.

Être là, au milieu de ceux qu’on aime, au milieu de ceux qui comptent. Être là, dans le cocon qu’est notre petit groupe. Être là, dans la sueur, dans le bruit, dans la joie, dans l’ivresse du moment. Être là, dans le cœur des Importants, dans le cœur des Merveilleux. Être là, juste là, pour quelque secondes de plus. 
Hier, j’étais vivante.

Hier, ils m’ont rendu vivante. 
Demain, je serais vivant. Parce qu’ils seront là, toujours, comme ils étaient là hier, et parce que, eux aussi, ils veulent que 2016 soit meilleure.
Demain, je serais bien. Parce qu’hier nous avons exorcisé tous ensemble les sombres évènements de 2015, parce qu’hier nous nous sommes rappelés les bons, les beaux moments de cette année côte à côte.
Et il y en aura d’autres, des beaux moments, où ça pulsera, où l’atmosphère vibrera, où la musique criera, où on vivra. Il y en aura d’autres, parce qu’ils seront là.
Merci. Merci d’être là. 

Et bonne année !

 

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02 décembre 2015

Accepter

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C’est dur, de dire au revoir, de laisser s’en aller. C’est dur et ça fait mal. 
Alors au début on essaye d’oublier. Foutaise. Puis de ne plus y penser. Sottise. 
On se tord, on lutte, on se traîne dans nos souvenirs, on se perd dans nos esprits.

Puis on comprend, enfin. Il faut du temps. Il faut accepter. Il faut ranger soigneusement et chérir lorsqu’on en a besoin.

Alors on est là. Au milieu de tous ces gens, qui chantent, qui prient. On n’est pas croyant, pas forcément : on n’en a pas besoin. On est juste là, au cœur des bourdonnements, confiné dans notre silence, entouré d’êtres chers, entouré d’inconnus, croyants ou non, de la même croyance ou non. On est là et on donne de notre temps, sans compter, à ceux que l’on a perdu, à ceux que l’on ne connaissait pas. Pendant des heures, pendant des secondes, on pense à eux, on fait hommage, on fait notre hommage, à notre manière : ils chantent et on se tait, ils prient et on se tait, ils pleurent et on pleure. Eux aussi, ils disent au revoir, eux aussi ils ont essayé d’oublier, de ne plus y penser, eux aussi ils ont échoué, eux aussi ils doivent accepter. Alors on est là, avec eux, et c’est tout ce qui compte.

Puis on se lève. C’est terminé. On embrasse des gens, ceux qu’on aime, ceux qui viennent de dire au revoir, ou du moins d’essayer. Comme vous. 

On part. On rentre chez soi. On retrouve d’autres gens qu’on aime. Et on est plus léger. On a accepté. 
On prépare un coin douillet dans notre mémoire, un coin accessible à tout moment. On laisse la porte entrouverte. On ne peut pas couper le cordon ombilical qui les lie à notre conscience, pas tout de suite, pas encore.

On fait demi-tour, on reprend le contrôle, et d’un coup, on veut vivre, encore plus, fiévreusement, avec hargne. Parce que la vie est dure mais qu’on peut la dompter, on le sait. On peut mettre de côté nos petits problèmes, relativiser, et chanter, danser, rire, créer, aimer. 

La vie, si on en a la force, non, la volonté, on peut la remodeler, la rendre belle. Alors on organise des soirées, on prévoit des cinés, des grandes bouffes à petit budget pour que tout ceux qu’on aime puissent vivre avec nous. Parce que c’est le plus important, au fond, de chanter ensemble, de danser ensemble, de rire ensemble, de créer ensemble, de s’aimer ensemble. 

On est assez fort pour vivre. On le sait. On est fort. On est plus fort qu’eux. Parce qu’eux, la vie, ils ne l’ont pas vaincue. Eux ils sont faibles, leur esprit est faible, gangrené par la bêtise. Eux ils sont morts, et ceux depuis longtemps, intérieurement. Alors on ne les craint pas, on sort gagnant, ils sont faibles, on se le martèle : même debout ils ne vivent pas. Alors que nous, si, on déborde de vie, et eux aussi, débordaient de vie, avant d’être si froids, avant qu’on essaye de les oublier, de ne plus y penser.

Eux aussi, ils débordaient de vie. 
Eux aussi ils étaient forts.
Eux aussi, ils n’avaient pas peur.
Eux aussi, ils ont gagné.

 

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14 novembre 2015

Vendredi 13

 

vendredi 13

 

Vendredi 13.

“Ça porte malheur !”

Vendredi 13. 

“Attention aux chats noirs !”

J'ai toujours trouvé ça stupide. Je n'y ai jamais prêté attention. 

Pour moi, vendredi 13, c'était un jour comme les autres. Un jour avec des interrogations, des délires entre amis, des devoirs, de la nourriture infecte à la cantine. 

Pour moi, vendredi 13, c'était comme jeudi 12.

Plus maintenant.

Maintenant vendredi 13 c'est ça. Cette horreur. Cette abomination. Vendredi 13 c'est du sang, des larmes, des cris. Vendredi 13 c'est de la peur, de la souffrance.Vendredi 13 c'est un massacre.

Je n'aurais jamais assez de larmes pour ma France, pour Paris, pour nos libertés, pour les victimes, pour les blessés, pour les familles. 

Je n'aurais jamais assez de mots pour rendre hommages aux 130 innocents qui on perdus la vie, aux trop nombreux blessés dont beaucoup sont en danger.

Alors je me concentrerais sur un. Même si tous le méritent. Même si tous ont ma sollicitude, ma tristesse, ma compassion, mes condoléances. Même si je pense à chacun d'eux, défunts et survivants. 

Mes larmes et mes mots, eux, vont à M. Dunet. Il était jeune. Il était un visage familier que je croisais dans les couloirs. Il était un homme bien, j'en suis persuadée. Il était innocent. Il était le professeur, l'ami, la famille de certains. Il était le frère de quelqu'un. Et il n'est plus là. Parce qu'il profitait de la vie. Parce qu'il a eu l'audace d'aller à un concert…

S'attaquer à la culture ? Détruire la joie de vivre ? Massacrer au nom d'un dieu et d'un livre qu'ils non sans doute pas lu ?Les hommes sont cruels, destructeurs et avides. Les hommes sont fourbes, lâches, stupides. 

Les hommes se croient supérieur, au-dessus des animaux, de la nature, au-dessus d'autres hommes qu'ils exploitent.

Mais les hommes peuvent aimer, imaginer, créer, réparer, chanter, danser, dessiner, manifester, progresser, enseigner, rêver. Les hommes peuvent être beaux. Ils peuvent contrebalancer leurs tares. Ils peuvent vivre, ensemble, et faire des choses magnifiques. Malgré leurs défauts.

Eux, ce ne sont pas des hommes. Eux ce sont des monstres. De stupides pions, extrémistes, manipulés par des fous furieux encore pires qu'eux. Eux, je ne les comprends pas, et je ne veux pas les comprendre. Jamais. Eux je leur crache à la figure ma haine et mon dégoût. Je les exècre.

Néanmoins je ne confonds pas. S'il vous plait ne confondez pas non plus. Ces sous-hommes ne sont pas nos étrangers, nos immigrés, nos musulmans. La France est un beau pays. Un pays coloré, un pays laïque, un pays où on peut croire sans être jugé, un pays où notre peau ne veut rien dire, un pays où nous avançons ensemble, côte à côte, un pays libre où nous pouvons circuler, penser, nous réunir. Un pays plein d'imperfections, mais un beau pays. 

Alors ne faites pas d'amalgames, ne confondez pas nos français avec ces monstres. S'il vous plaît. Nous n'avons pas besoin de ça ; de plus de haine, de plus de peur, de plus d'injustices et d'un parti politique qui détruira la France qui est la notre.

À M. Dunet. Aux autres victimes. Aux blessés. Aux familles. Aux amis. Aux témoins sans doute traumatisés. À la France en deuil. À notre capital qui saigne. À tous ceux qui sont discriminés inutilement. À ceux qui se sentent inutiles car ils aimeraient agir. À ceux qui pleurent. À ceux qui se montrent fort. Aux français. Aux victimes de ces mêmes monstres tout autour du globe. À tous ceux que j'ai oubliés.

Nous sommes forts.

Nous vaincrons. 

Nous n'oublierons pas.

Vendredi 13 nous le rappellera.

 

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