vendredi 13

 

Vendredi 13.

“Ça porte malheur !”

Vendredi 13. 

“Attention aux chats noirs !”

J'ai toujours trouvé ça stupide. Je n'y ai jamais prêté attention. 

Pour moi, vendredi 13, c'était un jour comme les autres. Un jour avec des interrogations, des délires entre amis, des devoirs, de la nourriture infecte à la cantine. 

Pour moi, vendredi 13, c'était comme jeudi 12.

Plus maintenant.

Maintenant vendredi 13 c'est ça. Cette horreur. Cette abomination. Vendredi 13 c'est du sang, des larmes, des cris. Vendredi 13 c'est de la peur, de la souffrance.Vendredi 13 c'est un massacre.

Je n'aurais jamais assez de larmes pour ma France, pour Paris, pour nos libertés, pour les victimes, pour les blessés, pour les familles. 

Je n'aurais jamais assez de mots pour rendre hommages aux 130 innocents qui on perdus la vie, aux trop nombreux blessés dont beaucoup sont en danger.

Alors je me concentrerais sur un. Même si tous le méritent. Même si tous ont ma sollicitude, ma tristesse, ma compassion, mes condoléances. Même si je pense à chacun d'eux, défunts et survivants. 

Mes larmes et mes mots, eux, vont à M. Dunet. Il était jeune. Il était un visage familier que je croisais dans les couloirs. Il était un homme bien, j'en suis persuadée. Il était innocent. Il était le professeur, l'ami, la famille de certains. Il était le frère de quelqu'un. Et il n'est plus là. Parce qu'il profitait de la vie. Parce qu'il a eu l'audace d'aller à un concert…

S'attaquer à la culture ? Détruire la joie de vivre ? Massacrer au nom d'un dieu et d'un livre qu'ils non sans doute pas lu ?Les hommes sont cruels, destructeurs et avides. Les hommes sont fourbes, lâches, stupides. 

Les hommes se croient supérieur, au-dessus des animaux, de la nature, au-dessus d'autres hommes qu'ils exploitent.

Mais les hommes peuvent aimer, imaginer, créer, réparer, chanter, danser, dessiner, manifester, progresser, enseigner, rêver. Les hommes peuvent être beaux. Ils peuvent contrebalancer leurs tares. Ils peuvent vivre, ensemble, et faire des choses magnifiques. Malgré leurs défauts.

Eux, ce ne sont pas des hommes. Eux ce sont des monstres. De stupides pions, extrémistes, manipulés par des fous furieux encore pires qu'eux. Eux, je ne les comprends pas, et je ne veux pas les comprendre. Jamais. Eux je leur crache à la figure ma haine et mon dégoût. Je les exècre.

Néanmoins je ne confonds pas. S'il vous plait ne confondez pas non plus. Ces sous-hommes ne sont pas nos étrangers, nos immigrés, nos musulmans. La France est un beau pays. Un pays coloré, un pays laïque, un pays où on peut croire sans être jugé, un pays où notre peau ne veut rien dire, un pays où nous avançons ensemble, côte à côte, un pays libre où nous pouvons circuler, penser, nous réunir. Un pays plein d'imperfections, mais un beau pays. 

Alors ne faites pas d'amalgames, ne confondez pas nos français avec ces monstres. S'il vous plaît. Nous n'avons pas besoin de ça ; de plus de haine, de plus de peur, de plus d'injustices et d'un parti politique qui détruira la France qui est la notre.

À M. Dunet. Aux autres victimes. Aux blessés. Aux familles. Aux amis. Aux témoins sans doute traumatisés. À la France en deuil. À notre capital qui saigne. À tous ceux qui sont discriminés inutilement. À ceux qui se sentent inutiles car ils aimeraient agir. À ceux qui pleurent. À ceux qui se montrent fort. Aux français. Aux victimes de ces mêmes monstres tout autour du globe. À tous ceux que j'ai oubliés.

Nous sommes forts.

Nous vaincrons. 

Nous n'oublierons pas.

Vendredi 13 nous le rappellera.