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C’est dur, de dire au revoir, de laisser s’en aller. C’est dur et ça fait mal. 
Alors au début on essaye d’oublier. Foutaise. Puis de ne plus y penser. Sottise. 
On se tord, on lutte, on se traîne dans nos souvenirs, on se perd dans nos esprits.

Puis on comprend, enfin. Il faut du temps. Il faut accepter. Il faut ranger soigneusement et chérir lorsqu’on en a besoin.

Alors on est là. Au milieu de tous ces gens, qui chantent, qui prient. On n’est pas croyant, pas forcément : on n’en a pas besoin. On est juste là, au cœur des bourdonnements, confiné dans notre silence, entouré d’êtres chers, entouré d’inconnus, croyants ou non, de la même croyance ou non. On est là et on donne de notre temps, sans compter, à ceux que l’on a perdu, à ceux que l’on ne connaissait pas. Pendant des heures, pendant des secondes, on pense à eux, on fait hommage, on fait notre hommage, à notre manière : ils chantent et on se tait, ils prient et on se tait, ils pleurent et on pleure. Eux aussi, ils disent au revoir, eux aussi ils ont essayé d’oublier, de ne plus y penser, eux aussi ils ont échoué, eux aussi ils doivent accepter. Alors on est là, avec eux, et c’est tout ce qui compte.

Puis on se lève. C’est terminé. On embrasse des gens, ceux qu’on aime, ceux qui viennent de dire au revoir, ou du moins d’essayer. Comme vous. 

On part. On rentre chez soi. On retrouve d’autres gens qu’on aime. Et on est plus léger. On a accepté. 
On prépare un coin douillet dans notre mémoire, un coin accessible à tout moment. On laisse la porte entrouverte. On ne peut pas couper le cordon ombilical qui les lie à notre conscience, pas tout de suite, pas encore.

On fait demi-tour, on reprend le contrôle, et d’un coup, on veut vivre, encore plus, fiévreusement, avec hargne. Parce que la vie est dure mais qu’on peut la dompter, on le sait. On peut mettre de côté nos petits problèmes, relativiser, et chanter, danser, rire, créer, aimer. 

La vie, si on en a la force, non, la volonté, on peut la remodeler, la rendre belle. Alors on organise des soirées, on prévoit des cinés, des grandes bouffes à petit budget pour que tout ceux qu’on aime puissent vivre avec nous. Parce que c’est le plus important, au fond, de chanter ensemble, de danser ensemble, de rire ensemble, de créer ensemble, de s’aimer ensemble. 

On est assez fort pour vivre. On le sait. On est fort. On est plus fort qu’eux. Parce qu’eux, la vie, ils ne l’ont pas vaincue. Eux ils sont faibles, leur esprit est faible, gangrené par la bêtise. Eux ils sont morts, et ceux depuis longtemps, intérieurement. Alors on ne les craint pas, on sort gagnant, ils sont faibles, on se le martèle : même debout ils ne vivent pas. Alors que nous, si, on déborde de vie, et eux aussi, débordaient de vie, avant d’être si froids, avant qu’on essaye de les oublier, de ne plus y penser.

Eux aussi, ils débordaient de vie. 
Eux aussi ils étaient forts.
Eux aussi, ils n’avaient pas peur.
Eux aussi, ils ont gagné.